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lundi 12 mars 2018

Publication Gare de l'Est

Quand on a vécu en Russie, que l'on s'intéresse à la vie de cette région, du Caucase au Balkans, on est enchanté de découvrir qu'il y a une très belle revue francophone, éditée chez l'Harmattan, spécialisée sur cette zone géographique. Son format 20x24 est très agréable et sa parution semestrielle lui permet de regrouper une trentaine d'articles ou reportages, par numéro, ce qui donne à chaque tome une richesse incroyable. Les photos sont très nombreuses, de grande qualité.
Le numéro 8 - 280 pages donc vous voyez c'est du sérieux - a une saveur pour moi toute particulière car il intègre un photo-reportage de 14 pages sur le Kamtchatka, que j'ai réalisé en 2017.

On ne trouve pas "Gare de l'Est" dans toutes les librairies mais les points de vente sont détaillés sur le site :
https://www.garedelest.org/component/content/article/90-divers/276-liste-des-librairies-ou-nous-trouver
Il est également possible de commander au numéro ou de s'abonner :
http://abonnement-garedelest.org/
Allez-y, foncez, vous ne le regretterez pas !

dimanche 1 octobre 2017

Kamtchatka part 9 et fin

Le brouillard est de plus en plus bas, à ne plus savoir si les brumes que nous traversons viennent du ciel ou de la terre. Plus loin encore, une partie de la coulée de lave est plate et est constituée de plissements ; elle contourne un petit volcan, à la manière d’un glacier se frayant un passage entre les montagnes. Il est temps de rebrousser chemin. Nous repartons par le même itinéraire, légèrement différent compte tenu des changements de lumière et de température. Mais il aurait eu véritablement un autre aspect si le soleil avait pu avoir raison des nuages. La journée n’est pas terminée. Nous avons le temps de nous rendre sur un site un peu plus bas. Une heure de Kamaz et nous sortons du coton et retrouvons le soleil, et une végétation plus dense. Le sol est toujours fait de graviers noirs mais de nombreux arbres ont repris vie. Certains font plusieurs mètres de hauteur. Une forêt nouvelle de conifères, d’un vert clair, illumine le paysage. Elle rejoint, au loin, la forêt ancienne, de couleur beaucoup plus foncée. Les fleurs sont plus nombreuses. Et malheureusement, les moustiques ont aussi repris possession du lieu. C’est infernal.

Nous sommes ici car on peut accéder, au prix d’une escalade à la portée de tous, à une grotte sous la lave. La verdure entoure le lieu mais, dans la profondeur d’un petit cratère, nous pouvons nous faufiler dans une brèche. Evidemment personne ne nous a prévenu de la nature de l’expédition et nos lampes frontales sont dans les tentes. Alors, à la lumière de téléphones portables (car heureusement, même ici, sans l’espérance d’aucun réseau, quelques uns n’ont pu se séparer de leur nouvel organe), nous découvrons un dôme noir strié, comme une écorce, ou composé d’alvéoles imparfaites, comme la structure de la Lune vu depuis la Terre. Pas de stalactite, pas de stalagmite. Ni moustique, ni chauve-souris. Le volume est équivalent à celui d’une grande salle, haute de plafond. Mais dans le noir presque complet, l’intérêt de prolonger la visite reste limité. Retour au camp de base, lui, toujours dans la brume. Une fenêtre dans la couche nuageuse, à l’horizon, nous fait profiter d’un original coucher de soleil. Vite, je grimpe sur le gros rocher dominant le camp. Libre. Libre de regarder le temps qui passe, dans un paysage d'une autre ère.
Quelques points d’eau sibériens ont été installés pour permettre de se laver : un récipient d'une capacité de deux litres et quelques, est placé à un mètre cinquante du sol, et une tige métallique placée dessous, en plein centre, permet, en la poussant vers le haut, de laisser couler un filet d’eau. Il fait froid mais je sors bravement ma brosse à dents. Devant moi, dans cette salle de bain en plein air, un russe, torse nu, fait tranquillement sa toilette. Je ne suis donc pas si libre que cela, prisonnier de ma frilosité ! Le lendemain, avec un ciel un peu plus clair, les guides nous proposent de retourner sur nos traces d’hier et de monter plus haut. Je négocie une sortie en solitaire pour faire des photos mais de l’autre côté, où ne nous sommes pas allé, et où j’ai aperçu une autre coulée de lave noire très belle, descendant directement du grand volcan nous dominant. Le guide m’autorise à partir seul mais en restant visible car il peut toujours y avoir des ours. Compte tenu que nous n’en avons pas vu l’ombre depuis que nous sommes dans cette zone quasi désertique, ça ne m’inquiète pas le moins du monde. Le petit déjeuner avalé, je m’éloigne, trop excité d’être enfin seul, de pouvoir choisir de quitter les chemins, tous les chemins. Comme la dune de sable, qui peut être ferme ou au contraire, se dérober sous les pieds, la montagne noire de scories peut être gravie à certains endroits mais à d’autre, le pied s’enfonce et la progression est plus chaotique. Mais quel plaisir de patiner ainsi d’impatience, d’aller plus haut, plus loin mais lentement, et d’y arriver essoufflé ! Un des versants de ce volcan est jaune de lichen, cet autre est noir avec une seule fleur jaune en plein milieu, et le suivant, deux cent mètres plus loin, est moitié orange, moitié noir. Et la séparation des couleurs se fait en ligne droite. Entre les deux, une autre pente grise recouvertes de cailloux de toutes les tailles, le résultat d’une pluie de pierres. Ça donne l’impression d’arriver sur la Lune. Et plus en aval, en me rapprochant de la coulée noire grimpant jusqu'à la base du Tolbatchik, un névé recouvert partiellement de poussière noire, après que le vent ait sculpté la neige en une multitude de petits cônes, reprenant en miniature le relief de la chaîne de volcans du Kamtchatka.

La mosaïque est étonnante et les différents tons sont doux. Les lignes se poursuivent plus bas avec les traces d’un véhicule qui est passé il y a déjà… un certain temps, avec, les longeant, une séries de pas, humains ceux-ci. Mais de l’autre coté des ombres creusées par les roues, il y a de gros ronds qui pourraient être les empreintes d’un ours. Ce monde vide a besoin d’histoires !
Quel plaisir de se coucher dans ce sable vierge ! Comme la neige immaculée dans lequel le skieur est le premier à glisser, les scories noires mais propres (elles ne laissent aucune trace au toucher à la différence d’une cendre) épousent la forme du corps. Ce n’est pas pour le plaisir de se rouler comme un animal dans la boue – la nature de ce terrain est plus proche du gravier que du sable fin des dunes du Sahara - mais pour photographier une fleur devant un grand volcan en partie enneigé et avec un nuage accroché à son sommet, comme un poisson pilote après une raie Manta. Le sol est tiède, sa couleur et la nature de la roche participent à l’emmagasinement de la chaleur, et sa fermeté le rend très confortable. Mais je ne suis pas là que pour ça, je n’ai que quelques heures pour moi sur cette planète. Un vrai prince. Je suis prêt à parler à un renard ou à un ours. En redescendant, les blocs de roches jaunis de lichens m’évoquent des images, non plus de la Lune, mais de la planète Mars. Je crois que me références en matière de déserts et d’espaces infinis s’arrêtent là. En me rapprochant de ce nouveau relief, je trouve de vrais petits massifs de végétations de plus d’un mètre de long et des touffes d’herbe sur près de quatre mètres. A ce rythme là, je vais bientôt découvrir une oasis ! Et, sur le pourtour de ces grandes herbes, plusieurs fleurs bleues à clochette. Ce qui n’aurait pas arrêté mon regard dans la campagne française, prend soudain une toute autre valeur. Un insecte butine. Le premier et le dernier que je verrai dans toute cette zone. J’exclue le moustique qui n’est pas vraiment un insecte mais une erreur de la nature. Personne n’est parfait.

La nuit passe et il faut maintenant redescendre sur terre en retraversant la forêt et affronter le village aux mille milliards de moustiques. Avant cela, nous nous arrêtons non loin de la forêt, sur le plateau, où nous avions vu en arrivant des fleurs vives, complètement isolées sur le sol noir. Nous ne voyons pas les bleues clair mais en trouvons quelques une de violettes. Le site est parfait. La pente est légère, les volcans sont derrière nous et devant – avec un ciel clair et quelques jolis nuages très mobiles –, s’étale la forêt à l’infini. Des centaines de mètre de sol nu avec pour seul relief des plantes minuscules, éloignées les unes des autres. On ne les voit pas de loin. Nous finissons tous assis ou allongé sur ce revêtement des plus confortables. Idéal pour se coucher devant les fleurs rases ; certaines sont sans tige, ne laissant aucune prise au vent. Le volcan le plus haut reste coiffé de nuages. Aucune envie de quitter cette zone. Ce sera surtout synonyme de retour.
Un camion Kamaz arrive vers nous. Il monte depuis la forêt. Orange et blanc, comme le notre. J’assiste à notre arrivée. La boucle est bouclée, le temps se répète. La descente sera plus rapide que la montée, cela va sans dire mais pas sans heurts. Nous sauterons de nos sièges, les arbres défileront en boucle, derrière les fenêtres. La tête dodelinera à gauche puis à droite mais sans musique. Les heures vont passer, les kilomètres très certainement se succéder mais ce sera toujours les mêmes troncs, les mêmes branches qui viendront cogner la carrosserie. Le village. Un magnifique cheval, seul, au milieu de la route, vient à ma rencontre. Et le lendemain matin, au moment du départ, un volcan bien visible, en plein contre-jour, laisse échapper une fumée épaisse. Le Kamtchatka nous salue. 

vendredi 15 septembre 2017

Kamtchatka part 8

Nous sommes bien sortis de la forêt, nous la dominons, notre regard va aussi loin que nous le permettent les nuages et la brume qui s’étendent à l’horizon. Nous roulons au milieu d’une multitude de petits volcans noirs. Nous nous arrêtons entre deux d’entre eux. Au sol, des pierres ont été disposées en une série de cercles concentriques d’une dizaine de mètres de diamètre. Un repère pour les camions ou pour les hélicoptères ; nous en verrons un se poser à quelques mètres, une fois notre ascension commencée. Nous avons, par chance, évité de recevoir la tonne de poussière soulevée par le souffle des rotors. Un autre Kamaz, semblable au notre, était déjà sur le site. L'Homme a-t-il peur de l'isolement ou les agences de voyage ne comprennent-elles rien aux motivations des citadins qui partent dans les contrées éloignées et désertiques ? "Ce petit volcan là, on le connait, il y a un petit chemin déjà emprunté qui mène jusqu’en haut. On sait que l’on va trouver des bouches de chaleur, que le morceau de bois que l’on ramassera dans cet espace minéral – trouvé là par hasard - va s’enflammer après y avoir été introduit, comme si nous étions très proche du magma."
Au pied de ce volcan, se trouve une énorme pierre, semblable à un boulet de plusieurs mètres de diamètre. Elle est venue par les airs, lors d’une violente éruption. Une plaque commémorative y a même été fixée. La montagne est composée d’une roche noire qui, par moment, devient grise puis rouge avec des reflets allant jusqu’au violet. Nous voyons devant nous une belle colline en forme de dôme. Derrière nous, plusieurs autres dessinent une silhouette allongée, le tout de couleur sombre se découpant sur un ciel nuageux avec des éclats de bleu, au gré du vent. Et quand on redescend, le petit volcan présente une vue de profil ; sa forme conique se termine par un sommet concave, comme on peut se représenter le stéréotype de ce relief. Mais, depuis le sommet voisin, plus haut, on est face à une grande coulée de lave refroidie qui prend naissance sous nos pieds. Le cratère lui-même n’existe plus, il ne subsiste qu’un coté. Une sorte d’immense toboggan gris et noir traverse le paysage jusqu’à la forêt, qui plusieurs kilomètres au sud, redéploie son manteau vert.
Par endroits, des taches jaunes apparaissent, plus ou moins grandes, plus ou moins denses. Ce sont des lichens, la première végétation à se développer sur la roche volcanique. Nous reprenons notre véhicule pour nous rendre jusqu’à la forêt ensevelie. Une éruption, en 1975, dura un mois et demi. Une vaste zone de toundra et de forêts fut recouverte d’un épais manteau de scories. Au loin, on aperçoit des troncs gris. Sur le site, nous sommes face à des arbres morts, toujours debout, assez espacés. Il s’agit des sommets des grands arbres émergeant d’une forêt recouverte par dix ou vingt mètres de cendres. Après plusieurs décennies, le sol est dur et des pousses vertes d’épicéas refont surface, se détachent visuellement de ce monde noir et blanc. Nous sommes dans une forêt sans bruit, sans animaux, sans feuilles mortes ni champignons. Une forêt sans beaucoup d’ombres. Le spectacle est surréaliste. Au dessus de ces cimes, entre les restes de troncs, la silhouette d’une multitude de volcans se dessine. Dans une direction, on devine un grand plateau noir ; au-delà, l’horizon est masqué par un cône volcanique aux couleurs rouges maquillés par des plaques jaunes. Un des arbres montre une énorme excroissance à la limite de sa cime, soit encore à six mètres de ce nouveau sol : c’est un nid, un gros nid de rapace certainement, qui a été calciné, si ce n’est par les flammes, par la chaleur violente qui a régné après l’éruption. Et il est toujours là, comme fossilisé.

Nous rejoignons le camp de base où nous allons planter nos tentes pour quelques jours et surtout quelques nuits. Les infrastructures communes justifiant le rapprochement avec d’autres groupes se limitent à des toilettes sèches. Trois maisons en bois sont construites ou en cours de construction mais nous n’y avons pas accès. Réservation VIP ? Notre grande tente de cuisine est proche d’une autre. Cela permet de partager le feu de camp et de faire quelques rencontres. Nous pouvons observer la technique des sibériens pour fendre les bûches. Une fois la hache plantée dans le rondin, l'outil est retourné et frappé sur le sol - ou sur un autre morceau de bois - avec le fer et le rondin tournés vers le haut. C'est-à-dire que c’est le bois du manche de la hache qui heurte le sol et non le bois que l’on cherche à fendre. Et, malgré tout, la lame s'enfonce et c'est en deux parties que finit la bûche. Notre aide cuisinière rejoint l’autre groupe qui est plus important que le notre. Leur cuisinier à une fille, espiègle, qui vient jouer avec toutes les bonnes âmes disponibles. Elle n’est pas encore trop grande et je peux lui faire faire l’avion, comme disaient mes enfants : je la tiens par les mains, ou les poignets, et la fait tourner autour de moi jusqu’à ce que ses pieds ne touchent plus le sol et qu’elle vole. Elle est ravie. Mais quand la nuit vient, il reste une énorme pollution sonore : un groupe dîne dans le chalet derrière notre tente avec de la lumière électrique produite par… un groupe électrogène ! Vive la nature !
Le sol est composé principalement de sable noir, d’un grain assez épais évoquant immédiatement les roches que l’on trouve éparpillées sur le sol entre les collines qui nous entourent. Ces roches sont très découpées et de tailles très variables. Elles peuvent être posées sur le sable, comme n’importe quelle pierre, ou constituer des massif de plusieurs mètres avec des touffes d’herbes, des mousses, quelques fleurs. L’ensemble est très esthétique et semble avoir été dessiné par un jardinier paysagiste. Disons plutôt, comme souvent dans l’art, que l’homme a imité – consciemment ou non – ce qu’il a vu autour de lui. Au milieu de cet espace très aride, très proche de nos tentes, nous voyons de petits animaux passer à toute vitesse. On parvient à les observer à une certaine distance. Ils se dressent sur leurs pattes arrière et nous surveillent avant de disparaître dans leur terrier. Je pensais qu’il s’agissait de la marmotte du Kamtchatka mais c’est plus petit, plus fin, avec un pelage brun tacheté de blanc. Ce sont des sousliks – суслик –, des écureuils terrestres. Ils ne sont pas venus jusque dans nos tentes chaparder. Mais il est vrai que dans les régions où les ours sont très présents, il est impératif de n’avoir aucune alimentation dans ses affaires personnelles. Tout est stocké dans la cuisine collective et si un ours y fourre son nez, il peut certes tout ravager mais il ne tuera personne.
Le lieu de bivouac n’est pas trop venteux ; il ne pleut pas mais les nuages sont toujours là et on peut les voir défiler à l’horizon lors du coucher du soleil. Aucune nuit ne nous laissera l’opportunité de contempler un ciel étoilé. C’est pourtant un spectacle éblouissant quand on est loin des villes. Le lendemain, nous partons marcher sous le brouillard. Un groupe est parti plus tôt pour monter plus haut. Je choisis le groupe des femmes, plus cool, me laissant plus d’opportunités de flâner pour prendre des photos. Et mes genoux m’obligent à un peu de retenue vis-à-vis d’éventuelles performances sportives, quelle que soit la frustration que doive endurer mon ego. J’ai été bien inspiré car nous croiserons en montant, le groupe des courageux qui redescendent sans qu’ils soient allés aussi loin que prévu, car ils ont essuyé un grain, une vraie pluie. Ce qui ne sera pas notre cas.
Sous le plafond bas de nuages gris, nous apercevons une chaîne de montagnes, des volcans aux flancs partiellement enneigés, parcourus de rayures. Ces tâches claires sont semblables à des pelages d’animaux et rappellent celles que nous avons pu apercevoir, quelques jours plus tôt, de la fenêtre de l’hélicoptère. Nous sommes arrivés au pied d’une immense coulée de lave refroidie. Des tonnes de pierre noire aux formes les plus variées s’étalent sur des kilomètres, à perte de vue. Mon désir immédiat est d’escalader cette autoroute improvisée, sortant directement d’un volcan en irruption. Mais au-delà du plaisir des yeux, il est très difficile de progresser, à pieds, dans ces éboulements. Donc une fois la première excitation passée, nous reprenons le chemin le long de la coulée de lave pour aller chercher, plus haut, un passage praticable devant nous conduire vers le haut de cette zone éruptive, différent, encore chaud mais résultant de la même activité volcanique récente de 2013.

Mais en attendant, la roche fait des petits plis parfois sur plusieurs mètres, comme un liquide épais figé brutalement. A d’autres endroits, des fissures profondes laissent croire que l’on va enfin découvrir le centre de la Terre. La pierre volcanique grise laisse voir, dans son épaisseur, des strates de couleur ocre, orange, rouge. Les variations de formes sont infinies mais les lignes restent tout de même courbes, hormis les cassures. Par exemple, ici, sur le bord de la coulée, je vois le corps disloqué d’un chevalier géant sorti directement d’une œuvre de Miyazaki. Plus loin, la croûte terrestre s’est soulevée laissant voir des fils, comme si la matière n’était rien d’autre que du fromage fondu ou du chocolat coulant. Il est vrai que nos références, dans la vie urbaines, de matières pouvant changer d’état et devenir liquides se retrouve essentiellement dans l’alimentaire. Certaines pâtes se figent en cuisant et gardent cet état durci une fois refroidi. La comparaison ne s’arrête pas là car la roche volcanique est aussi aérée et légère du fait principalement qu’elle comporte de nombreuses poches ou alvéoles ayant contenues des gaz.
Le sol sur lequel nous marchons est une terre très noire, parsemées de minuscules éclats de roches tout aussi foncés et de petits éclats ocres. Comme par miracle, une herbe, une mousse, une fleur ont pris racine au milieu de cette matière, si hostile au premier regard. Il reste aussi, du dernier hiver, bien que nous soyons à la fin du mois de juillet à 1500 mètres d’altitude, des plaques de neige, des névés. Nous arrivons à la hauteur d’un cratère de couleur rouge sombre mâtiné de noir et de plaques de lichens jaune-vert au premier plan. Ces tableaux sont comme des œuvres d’art au milieu d’un univers monochrome.
Nous continuons de monter, doucement. Nous sommes maintenant au milieu de la coulée de lave. Il faut faire attention où l’on met les pieds pour ne pas se les tordre. Le ciel s’est assombrit et, sous le brouillard, au loin, devant nous, nous voyons clairement les pierres fumer. La coulée prend plusieurs directions mais nous choisissons de continuer vers le sommet. Nous n’irons pas jusqu’en haut. La coulée se perd et se divise entre plusieurs collines. Nous retrouvons des sommets rouges et des lichens très clairs mais le sol n’est toujours qu’un amoncellement de roches brisées chaotiques avec des bouches de chaleurs, de plus en plus nombreuses, qui laissent échapper une fumée intrigante. La température est très élevée à certains emplacements. On se penche sur les failles pour essayer de voir le plus profondément possible, mais nous ne trouvons que de l’obscurité ou des pierres. Seul un endroit laissera voir, à certains d’entre nous, une couleur rougeoyante, à travers une brèche, sous une première couche de pierre sur laquelle nous pouvions marcher. Une photo en témoigne. Pour un peu de repos, il est facile de s’asseoir car la roche laisse émerger des protubérances de toutes les tailles. Il suffit de veiller à ce qu’elles ne soient pas brûlantes mais, dès qu’on est éloigné de cinquante centimètres du sol, la chaleur est moindre. Malheur à celui qui a un pantalon léger en coton et qui est reste trop longtemps au dessus d’un point chaud – car la partie inférieure d’une jambe peut facilement brûler, l’un d’entre-nous en a fait les frais. Malheur à ceux qui déposent leur sac à dos sur le sol, donc à une température très élevée – car les parties plastifiées fondent, deux d’entre-nous en ont fait les frais. Nous sommes pourtant quatre ans après l'éruption volcanique !

A suivre

lundi 11 septembre 2017

Kamtchatka part 7

Jeudi 20 juillet
Lever tôt. Une grande journée de route nous attend : transfert de Paratunka au village de Kozirevsk. Ce ne sera pas de la piste. Nous serons en bus et non en Kamaz. Mais ça sera pire. Le temps est clair, ensoleillé. Le bus n'est pas climatisé, la chaleur est pénible à l'intérieur. Une fenêtre est ouverte, une deuxième, je suis au milieu des courants d'air. Je suis minoritaire, les vitres sont ouvertes davantage encore et mes paroles s'envolent. Pour la gorge, c’est pire que la climatisation. Je devrai me résoudre aux antibiotiques quelques jours plus tard.
Milkovo
Pause dans le dernier arrêt sur l'autoroute avant l’étape repas à mi-parcours. Plusieurs cabanes où l’on peut acheter des pirochkis, beliaches, samsas, tchibourekis, sotchikis (variétés de sandwichs/chaussons frits). Quelques tables permettent de s’asseoir devant les voitures ou camions à l’arrêt.  Cette route est une voie goudronnée, au départ, mais qui est vite remplacée par un large chemin de cailloux, plat, rectiligne, poussiéreux, bordé de bouleaux et de conifères des deux côtés du début à la fin. Trois ou quatre heure plus tard, nous nous arrêtons dans la seule ville se trouvant sur notre chemin : Milkovo. Des camions chinois livrent de la marchandise. Je repère immédiatement les idéogrammes car on n’en voit pas du tout dans le centre de Moscou. Des immeubles soviétiques encadrent la rue principale. Une face de quatre étages est décorée par un portrait de Gagarine et, de l’autre coté de l’artère, c’est une grosse fleur en forme de soleil. La décoration se poursuit par toute une série de fleurs colorées sur la balustrade qui longe le trottoir. C’est désuet et ravissant. Nous avons droit à une cantine et son plateau repas dans un espace de la taille d’une salle des fêtes, avec des rideaux violets et quelques fresques murales champêtres cernées de baguettes de bois. Désuet aussi, propre, très soviétique.
Quelques heures plus tard, nous faisons une pause à coté d'un arrêt de bus surréaliste, au milieu de nulle part. A peine descendus, nous sommes tous harcelés par les habitants du coin : les moustiques ! Je ne pousse pas le vice jusqu'à rentrer dans les bois et déjà ça vrombit à mes oreilles. Pourquoi n'ai-je que deux bras ? Je me suis parfumé à l'antimoustique, ça n'a pas l'air de leur faire le moindre effet mais j'échapperai aux piqûres pendant tout le voyage. Hormis à Kozirevsk où un effronté me piquera sur le nez en plein jour, sous mes yeux - c'est le cas de le dire - avant que je n'aie le temps de réagir. Il est vrai que je ne pulvérisais pas cette zone pour ne pas m'empoisonner, ni ne m'aveugler. Et fort de notre expérience des pays où sévit la malaria et des recommandations de l'agence russe qui connaissait l'enfer dans lequel nous tenions tant à descendre, nous avions les produits les plus efficaces !
Arrivée au village. Le paysage est très vert, les rues sont en terre devant de belles maisons en bois. Les jardins potagers, les fleurs, les piles de bois contre les clôtures pour pouvoir se chauffer pendant le rude hiver, tout nous rappelle la Sibérie. Mais c’est toujours la Sibérie, même si on la sensation d’être sur une île. Les mêmes impressions, émotions, entre ces coins du Kamtchatka ou de Carélie, éloignés de 8000 km ! Nous avons roulé, aujourd’hui, entre huit et neuf heures, plein nord. Ce qui soudain nous fait peur, c’est que nos deux guides, aguerris à ces voyages, se sont parés de leur couvre-chef aussi ridicule qu'efficace : le chapeau à voilette ! Il doit avoir un rebord tout autour pour que le fin filet ne soit pas en contact avec la peau, et un élastique ou un système de serrage autour du cou pour que les plus pervers des insectes suceurs de sang ne s'introduisent pas dans la zone protégée. Les plus craintifs des touristes ont sortis les gants. Mais les toilettes, comme la forêt, abritent des spécimens affamés.
Kozirevsk
Des petites maisons individuelles nous attendent. On dirait des niches pour chiens (ce qui n’est pas positif). La porte s'élève jusqu'au toit en tôle qui lui, descend jusqu'au sol. Et ce qui saute aux yeux, c'est la moustiquaire blanche qui se balance, au gré du vent, dans l'encadrement de la porte. La porte du bus à peine ouverte, c'est la guerre ! On se répartit très vite les chambres pour y trouver un instant de répit. Les quelques têtes brûlées qui ont passé le seuil sont implacablement éliminées. Super, il y a une bania ! Je veux bien avoir encore plus chaud s'il n'y a pas de moustique. Il y en aura quand même quelques uns qui danseront autour du poêle mais, aucun ne nous prendra pour cible, même quand nous serons dans le plus simple appareil.
L'accès à la bania demande de traverser l'espace salle à manger, entièrement entouré d'une moustiquaire. Ce voile blanc est couvert d'une multitude de points noirs à l'extérieur et d'un grand nombre à l'intérieur. Pendant que nous nous restaurerons, il faudra chasser de la main, à chaque bouchée, les indésirables. Un feu de camp est allumé dans le jardin, sympathique point de ralliement. Mais excusez mon impolitesse, je ne reste pas dehors ! La légère fumée ne change en rien le caractère de l'endroit. Mais comment peut-on vivre ici ? Vania nous dira qu'au village plus au nord, c'est pire : on en avale, tellement ils sont nombreux, volent serrés et proche de vous !
La nuit est bonne, pas de cauchemars.
Le lendemain, il nous reste une demi-journée de Kamaz. C’est là vraiment que commence le tout terrain. L’ancien camp de base a été détruit par les éruptions volcaniques, un autre est en cours de construction, aucune route n’existe vers le nouveau lieu. Le volcan a redessiné le paysage. Nous n’avons qu’à suivre la piste qui contourne l’extrémité de la dernière coulée de lave. Dans la forêt, nous suivons le chemin chaotique, des creux et des bosses sur une terre humide. Nous avançons lentement et nos têtes se balancent au gré des accidents du terrain. Un instant nous regardons par la fenêtre et l'instant suivant nos yeux sont fixés au plafond ; et tout retombe et nous contemplons nos pieds. La carrosserie se frotte aux branches sur la droite et, sur la gauche, ce sont les ramifications des arbres qui viennent se heurter aux parois du véhicule. Cela nous donne l’impression d’ouvrir une nouvelle voie au cœur de la forêt sibérienne. C’est moins monotones que le train – le transsibérien – car la proximité avec la nature est maximum. Le bruit de notre camion et son odeur ne sont pas des plus discrètes. Nous ne verrons pas de gibier par les fenêtres pendant ces longues heures. C’est donc une forêt sans fin, sans vie, qui s’offre à nous. On aperçoit tout de même de grosses fourmilières et il ne faut pas oublier les milliards de moustiques qui sont, aussi, une forme de vie.
Moustiques
Nous roulons d’autant moins vite que nous devons gravir une certaine déclivité. En prenant de l’altitude, les bouleaux sont remplacés par des mélèzes. Nous nous arrêtons au pied de la coulée transformée en pierre. Nous gravissons ses trois, quatre, cinq mètres de hauteur. Ce n’est qu’un amas de roches noires chaotique. Tout a été écrasé sur son passage. Nous voyons les troncs implacablement pliés ou brisés, et devinons le refroidissement lent mais certain, de toute cette matière, qui a fini par avoir raison de sa progression. Et le mur s’arrête là, brutalement. La hauteur de la coulée ne permet tout de même pas de dominer la forêt, notre vue est limitée mais nous sommes en contact avec la matière volcanique, ce qui est déjà un grand moment. Les moustiques n’ont que faire de ce phénomène, ils ont faim donc nous remontons dans le camion.

Nous finissons par sortir de la forêt. Est-ce temporaire ou allons-nous replonger dans le vert ? Le sol est noir maintenant, et a l’aspect du sable ou d'un fin gravillon. On distingue plusieurs traces, chaque véhicule décidant de passer plus à droite ou plus à gauche. Nous n’allons pas tarder à être entouré de roches et de montagnes noires. Une pensée alors pour les montagnes du Hoggar en Algérie. Ici au Kamtchatka, ce qui n’était pas recouvert de couleur sombre a été recouvert de poussière noire. Au sol, à quelques endroits très espacés les uns des autres, des touches de couleurs éclatantes, jaunes, fuchsia, bleu : ce sont des fleurs. La nature a chargé quelques uns de ses plus beaux ambassadeurs d’attirer les insectes pour réintroduire la vie dans ces espaces morts. 

A suivre

jeudi 31 août 2017

Kamtchatka part 5

Mardi 18 – mercredi 19 juillet 2017
Le temps restera ensoleillé plusieurs jours et nous pourrons, le mardi et le mercredi, enchaîner deux sorties aériennes. Depuis Pétropavlovsk, deux destinations sont proposées aux touristes sur des sites protégés exceptionnels, à moins de deux heures de vol avec interdiction de dormir sur le site. Nous verrons quand même quelques tentes dans le camp du lac Kourile. Les sorties sur place sont encadrées par des guides anglophones et des gardes armés de fusils. Les ours sont nombreux, 20 000 au Kamtchatka et 1000 rien qu’autour du lac. La population de ces grands mammifères aurait – selon certaines sources - réduit assez considérablement du fait de la chasse et d’activités de braconnage. Et même si la nourriture est abondante (saumons), des accidents surviennent, souvent fruits de l’imprudence humaine. Nous devons rester groupés derrière le garde. Nous devons rester sur nos gardes !

Départ à 10h40 de l’hôtel, ces deux journées sont assez courtes mais très bien organisées. C’est la première fois en Russie que nous sommes face à une structure touristique de haut vol. Certes, il y a un an ou deux, un hélicoptère se serait écrasé à cause d’une surcharge du nombre de passagers (je n’ai pas retrouvé trace de cette histoire pour donner une date précise), les accidents au Kamtchatka concernent plus souvent le ski hors piste qui demande la dépose des clients sur les sommets. Nous prévoyons d’être vigilants.
Mardi et mercredi seront découpés en trois parties : la visite du site proprement dit, une baignade dans un lac volcanique sur un autre site – où nous nous rendrons pas les airs – et un repas pique-nique dans ce même lieu sauvage et reculé. Pour commencer, un minibus Aeroflot nous prend devant l’hôtel. Nous quittons la zone goudronnée. Un gros hélicoptère sur un promontoire, transformé en sculpture, nous assure, au dernier carrefour, que nous sommes proches de la base. Nous descendons sur un petit parking non goudronné. Pour l’instant, on est loin du standing des aéroports.  Nous franchissons à pied la barrière du site. Sur la droite, deux chalets-boutique : l’un vend du saumon, le second des objets plus touristiques avec le logo Kamtchatka. Plusieurs bancs, faits du même bois, permettent de profiter de l’ombre fournie par plusieurs arbres. Le temps est clair, le soleil brille. Quelques mètres plus loin, en arrière plan, un petit hélicoptère blanc parade, lui aussi relégué en pièce de musée en plein air.
En face de lui, sur notre gauche si l’on s’en tient à notre point d’arrivée, le bâtiment très moderne de l’héliport. A l’intérieur – minuscule en comparaison des aéroports que nous sommes habitués à fréquenter – un accueil avec deux hôtesses, surmonté de deux grands écrans sur lesquels rien n’est affiché. Tout est neuf, on a l’impression qu’ils n’ont pas encore eu le temps de les brancher. Plusieurs rangées de fauteuils permettent aux passagers de patienter. Une cinquantaine de sièges peut-être, une dizaine occupés et quelques personnes « en marche » dans cet espace. Des photos du Kamtchatka ornent les murs. Une impression très professionnelle et réconfortante se dégage de cette atmosphère.
On donne nos passeports. On nous les rend avec une grosse étiquette en plastique sur laquelle est gravé, en très gros caractères, le numéro du vol, à trois chiffres. Un grand ruban bleu nous invite à la porter autour du cou. Une demi-heure plus tard, des haut-parleurs annoncent notre numéro. Ce devait être 609 car, que l’on prenne l’étiquette dans un sens ou dans l’autre, nous pouvions lire le même numéro ; ils pensent à tout ces Russes ! 

Nous identifions notre nom inscrit sur la liste de la vingtaine de passagers. Aucun portique de sécurité ni radiographie des sacs. Une guide, parlant un anglais parfait, nous regroupe à l’arrière du bâtiment, sur le tarmac. Conseils de sécurité : nous nous rendons à pied à notre hélicoptère donc on ne s’arrête pas pour faire des photos même si elles ne sont pas interdites, on reste groupé. La flotte n’est composée que d’une vingtaine d’appareils. Plusieurs gros hélicoptères sont devant nous. Certains en entretien. Le personnel au sol se déplace en vélo d’un hélico à l’autre. Ça donne un côté asiatique à l’ensemble. Il est vrai qu’on peut difficilement être plus en Asie, nous sommes au nord du Japon. Des gros hélicoptères au milieu de la verdure, avec des hommes en bicyclette, c’est une image déjà vue dans les films de guerre américains.
Je n’avais jamais approché un de ces appareils. Les gros hélicoptères MI-8 russes sont plus connus dans des contextes militaires ; ici ils sont peints en blanc avec une grande bande rouge qui va en s’élargissant vers l’arrière. Un petit drapeau blanc-bleu-rouge est peint sur la queue tout de même. Ni roquette, ni mitrailleuse mais bien cinq immenses pales. Le train d'atterrissage est composé d'une double roue à l’avant et une de chaque coté à l’arrière, non rétractables. L’ensemble donne une impression de robustesse. Cinq hublots de chaque côté, un petit escalier de trois ou quatre marches pour grimper – petite échelle métallique qui sera basculée à l’intérieur avant de fermer la porte. Ces petites fenêtres, quand elles sont rondes, ce qui n’est pas toujours le cas, donne à l’engin une allure de submersible prêt à partir au fond des océans. Mais restons au-dessus, ce sera préférable. D’ailleurs, il y a une base de sous-marins dans la baie de Pétropavlovsk, à côté d’une ville fantôme - Vilioutchinsk -, à laquelle on n’accède qu’avec des autorisations spéciales.
Seul le cockpit des pilotes est entièrement vitré. Et encore il faut relativiser. Certains ont leur pare-brise découpé en sept vitres - séparées par des montants métalliques - sur une circonférence de 180 degrés avec seulement deux plus petites au niveau du plancher, de part et d’autre du petit nez de l’appareil. Et d’autres ont un nez plus petit et plus bas ce qui permet d’avoir une petite vitre supplémentaire, basse et centrale. Dans tous les cas, les pilotes peuvent avoir une sensation de vide sous eux, ce qui n’est pas du tout la situation des passagers. Dommage.
A l’intérieur, un couloir central et des rangées de deux sièges de chaque côté. Les hublots, qui paraissent plus grands que dans les avions, sont moins épais, ce qui ne garanti pas leur propreté. Les photos seront moins claires qu’en plein air et il y aura souvent une pale qui viendra se figer lors du déclenchement, même à la vitesse de 1/8000 seconde. Le lendemain, notre hélicoptère sera agencé différemment : les fauteuils seront adossés à la cloison et neuf passagers seront face à neuf autres, alors que les trois derniers seront dos à la cabine de pilotage. Un hublot intérieur nous permet de voir les pilotes, et inversement. La jeune femme, qui nous a conduits à l’intérieur, reste avec nous et sera notre guide sur le site de destination. Elle nous distribue à chacun un casque jaune sans fil, à placer sur les oreilles pour atténuer le bruit des rotors. Je finirai par l’enlever car la protection est partielle, la gêne certaine et la chaleur de trop. Et systématiquement, quand j’enlève mon chapeau, je m’assomme en sortant de l’hélico (la porte est basse). Le temps d’attente est plus ou moins long avant le décollage. Le deuxième jour, j’en profiterai pour relire notre programme de voyage, le nom des volcans. Je relève la tête pour ranger mes lunettes dans mon sac et… nous sommes déjà dans les airs ! Voilà, pour résumer les impressions au décollage. Aucune. A l’atterrissage,  c’est la même chose et l’on comprend pourquoi quand on assiste à la manœuvre de l’extérieur : l’hélicoptère reste en suspension très près du sol jusqu’à réduction totale de sa vitesse et, ensuite seulement, il se pose, en douceur, comme une feuille. Inutile donc de prévoir des médicaments contre le mal de mer. 
Baignade dans une eau à 40°, trop chaude pour certains.
Le grand intérêt des vols que nous avons effectués est qu’ils se déroulent à une assez basse altitude. On discerne les arbres et les rivières et on survole des volcans de 1500 mètres d’altitude. Le paysage est sauvage, le kraï du Kamtchatka (et oui, ce n’est pas un oblast) est presque désert avec 0,7 habitants au km2, alors que la Russie a déjà une moyenne faible inférieure à 9. En France, en comparaison, il y en a presque cent. Le plus extraordinaire s’est produit en allant à la vallée des geysers. Bien plus fantastique que les geysers eux-mêmes. Le vol était clair, ensoleillé. Quand la météo est mauvaise, les vols sont annulés, ce qui garanti aux chanceux des voyages tranquilles et une vue dégagée, au moins partiellement. Mais le vent ne s’interrompt pas pour autant. Le temps reste changeant sur cette péninsule et d’ailleurs, voilà quelques volutes grises ! Peut-être que ça va secouer si l’on traverse une zone de turbulence. Moi qui viens d’écrire qu’on n’a pas de sensation dans ces gros bourdons volants, j’aurais peut-être dû rester un peu plus humble. Mais ma pensée ne va pas plus loin : nous sommes à côté, au dessus, à portée de main, au même endroit, au bon endroit, at the right place, nous sommes au bord du cratère d’un volcan en activité ! Ce n’est pas possible, je rêve ! Une énorme fumée noire s’échappe des entrailles de la terre, de cette montagne en forme de cône, là, juste devant. Mais regarde ! Là ! Ce qui peut sembler si banal après toutes les images déjà vues de ce phénomène, prend, de notre point de vue, une force inouïe. Nous sommes si près qu’aucune de nos photos ne rendra la grandeur de la scène. Au cœur de l’évènement, c’est d’une force à couper le souffle. Impensable de croire qu’une telle charge d’émotion puisse être produite par ce spectacle, par ce volcan en activité, le Karymski - Карымская сопка -, 1486 mètres. Il est en irruption depuis 2001. Cela fait donc 16 ans qu’il crache, éructe, fume. Ce n’est pas étonnant que personne ne nous ait prévenus, que le pilote sache exactement où passer sans se retrouver dans la fumée, sans se faire surprendre par le vent. La banalité de la vie terrestre du Kamtchatka. Un non-évènement. Et pourtant, j’ai l’impression d’assister à la création, sinon de l’univers, du moins de notre planète. Nous ne sommes vraiment rien de plus qu’un esprit à qui l’on a octroyé cette faveur ultime de contempler la force de la matière. L’hélicoptère peut bien m’emporter où il veut maintenant, je suis comblé. Et le pilote contourne la montagne de feu pour offrir cette vision aux passagers assis de l’autre côté, qui maudissent le sort de les avoir placés à cet endroit.
A peine remis de nos émotions, nous survolons cette fois le volcan Maly Semyatchik - Малый Семячик -, 1520 mètres. Le cratère, de 500 mètres de diamètres, est occupé par un lac aux propriétés particulières : sa forte concentration en acides lui donne une couleur bleu turquoise. Autrement dit, sous le soleil, la scène est très belle. Les hublots sont par contre toujours aussi sales. La seule solution pour la photographie est de louer son hélicoptère personnel et d’ouvrir la fenêtre. Mais ça, on verra pour la prochaine fois. 

A suivre

dimanche 27 août 2017

Kamtchatka part 4, l'ascension

Le guide nous avait proposé trois options. Soit nous grimpons comme prévu en espérant une éclaircie plus haut, soit nous attendons que ça se dégage, soit on retourne à Pétropavlovsk et on trouve une activité de remplacement. La majorité moins une voix opte pour la première option. Je me décide pour le grand angle, mon sac à dos est déjà assez lourd et je ne vais pas changer d’objectif par un temps pareil.
Un guide ouvre la marche, un autre la ferme. Parfait. Je pars devant pour faire des photos. Vania trace en ligne directe, face à la pente, malgré la neige. Nous avons 900 mètres de dénivelé jusqu’au sommet. Je me permets de faire de petits lacets en marchant pour moins me fatiguer et moins glisser. Pierre sent aussitôt que Vania a adopté une stratégie tout à fait incompatible avec la résistance physique de plusieurs femmes du groupe : il entreprend donc d’ouvrir une trace qui dessine de grandes boucles et, rapidement, elles sont quatre marcheuses à le suivre, dans ses pas. Sans lui – hommage lui soit rendu -, elles ne seraient pas montées si haut. Le vent souffle encore et le ciel se dégage par moment, nous laissant voir de beaux volcans. Petit à petit, alors que nous arrivons à mi-parcours, se dessine l’océan Pacifique. Iégor, qui parle anglais, nous explique que la pente va se raidir, la largeur de la voie se rétrécir et que les grands virages ne seront plus possibles.
Il se propose de redescendre doucement avec ceux qui le désirent. Nous buvons un coup et la moitié du groupe se décide à le suivre. Pierre, Marc et moi, accompagnés des deux ados, poussons jusqu’au sommet avec Vania. Nous sommes dans un nuage : un crachin assez épais ne nous lâche plus. Nous remplissons nos gourdes à un mini torrent et nous arrivons au cratère du volcan. Nous ne voyons pas plus d’un côté que de l’autre. Nous restons groupés pour ne pas nous perdre de vue. Vania pour propose de poursuivre sur la crête. Nous descendons sur un petit plateau, dans le cratère, légèrement en contrebas. Il ne pleut plus, nous faisons une pause avant de rebrousser chemin. De l’eau et trois tablettes de chocolat sont aussitôt avalées. Natalia et Sourire (traduction de Michiyé, prénom yakoute) sont restées au campement pour cuisiner et un petit repas nous attend dans le camion. Rien ne nous a été distribué en fruit sec ou autre barre énergétique. Le petit-déj est loin, entre cinq et six heures maintenant. Ce n'est ni pro ni raisonnable, j'ai fais confiance à l'encadrement, je n'aurais pas dû.

Nous reprenons la crête du cratère pour emprunter le même itinéraire en descente. Pas de pluie. Du vent. Le miracle se produit, une éclaircie apparaît. Se dégage alors des volcans à perte de vue. Et par delà la chaîne volcanique, l’océan Pacifique. C’est d’autant plus grandiose que c’était une purée de pois quelques minutes plus tôt et que, déjà, d’autres nuages se précipitent. Allez, on redescend… Mais attendez, venez voir nous crie Marc, resté quelques mètres en arrière ! Le cratère, qui n’était qu’un immense nuage gris, s’éclaircit et dévoile sa profondeur ainsi qu’un petit lac. Beau spectacle bien mérité ! Nous ne sommes donc pas montés simplement pour le plaisir de l’effort et du défi. La première partie est très pentue, la terre caillouteuse, et mon genoux droit est douloureux à chaque flexion, m’obligeant à claudiquer. Je connaissais le risque. Ensuite, la descente dans la neige, moins pentue, se fait en douceur. Le pied s’enfonce de plusieurs centimètres, créant un effet d’amortisseur. Je n’ai plus mal. Mais j’ai bien reçu l’avertissement. Dès que je peux, je me laisse glisser sur les fesses ou sur mon sac à dos. Il faut rester prudent et contrôler sa vitesse car des ilots de pierres volcaniques noires sont visibles, régulièrement je dois freiner jambes tendues. Nous mettons cinq fois moins de temps pour rejoindre le Kamaz qu’il n’en a fallu pour atteindre le sommet. Dernière glissade, je m’immobilise devant une partie rocheuse et m’appuie sur mes bâtons pour me relever, dans un enchaînement parfait. Mauvaise idée. Celui de gauche se plie aussitôt à angle droit. Je n’ai pas d’autre option que de le redresser et il se casse. C’est la limite des bâtons télescopiques ! Il est 16 heures. 

Arrivé au véhicule, je dévore la salade dans le plat commun. Ils ont oublié les assiettes. Ça n’a aucune importance pour moi. Un peu de saumon fumé, un blini pour conclure, une vaisselle succincte dans l’eau qui ruisselle tout autour de nous. La première partie du groupe a fini de manger depuis un moment déjà, mais sans salade composée car ils ne trouvaient pas les fourchettes ! Nous reprenons la direction du campement où les cuisinières nous préparent le repas. Dix-sept heures et il nous faut manger tout de suite – c’est le repas de midi – car nous avons encore quatre heures de route jusqu’à l’hôtel où nous devons passer la nuit. Evidemment je n’ai pas faim. Natalia n’arrive pas à comprendre ce qui ne nous plait pas dans sa cuisine. Et nous ferons encore annuler le dîner.


Bonne nouvelle : la météo sera au beau fixe demain, les hélicoptères pourront voler. Sortie prévue : la vallée des geysers. Nous demandons à partir en priorité au lac Kourile, voir les ours se repaître de saumons. Le temps de boire un verre et Sacha – le responsable - nous confirme que le changement a pu être opéré.

A suivre

vendredi 25 août 2017

Kamtchatka, part 3

Dimanche 16 et lundi 17 juillet 2017
Deux jours sur les volcans. Le matin de bonne heure, le Kamaz nous attend. Il s’agit du véhicule qui va nous transporter à travers la nature sauvage. Les roues font un mètre de diamètre et les fenêtres sont à deux mètres de hauteur. C’est un camion tout terrain avec une vingtaine de sièges, un engin soviétique à six roues motrices, incassable, du genre Waz que nous avons utilisé au Baïkal – entre autres – mais en beaucoup plus gros. Nous avons droit, en plus du chauffeur, à un guide anglophone, un guide de montagne russophone qui connait bien la région et tous ses volcans, une cuisinière et une aide cuisinière. L’équipe est entièrement russe, jeune et fort sympathique.

Nos deux cuisinières, de Sibérie, ont fait notamment des études de philosophie, ce qui fait tomber les à priori que l’on serait tenter d’avoir vis-à-vis des peuples qui vivent dans des conditions difficiles et reculées. Elles évoquaient Nietzsche au petit déjeuner, en préparant la cacha. Natalia, native du Kamtchatka, étudie maintenant le chinois à Shanghaï et Michiyé, de Yakoutie, vient de terminer des études de finances et a envie de poursuivre par des études de langues.
Nous roulons au pas sur une route que seul un pilote avisé voit. Puis, pour un besoin d’air, Vania force une petite fenêtre coulissante qui résiste à l’ouverture. Et au lieu de glisser, le verre explose, s’éparpillant sur les sièges proches en une multitude de petits éclats. L’arrêt suivant, le chauffeur fabriquera une vitre avec du film plastique transparent, pour limiter le vent et la pluie qui va se remettre à tomber quelques heures plus tard. Mais en attendant, le soleil brille – le vent est si fort qu’un nuage chasse l’autre – et c’est une première crevaison ! Les pneus sont imposants mais l’objet métallique responsable de l’incident fait bien cinq centimètres de long. Le chauffeur ne veut pas nous voir dans ses pattes. Nous prenons donc de l’avance, sur la route – ici en cailloux –, au milieu de la forêt, sur une colline. Nous grimpons et les arbres se font plus rares. Des poteaux métalliques de six mètres de haut se dressent sur le bas-côté du chemin. Ce sont des indicateurs en cas de chute de neige, très importantes l’hiver.
Après être remontés dans notre véhicule, nous arrivons au bout du chemin. Nous sommes devant une centrale géothermique, la principale du Kamtchatka. Au milieu des volcans, à quatre-vingt kilomètres de Paratunka soit 130 de Pétropavlovsk, elle assure, selon notre guide, 40% de la production en énergie de la péninsule. On aurait pu trouver plus glamour pour un pique-nique ! Mais, au moins, nous avons quitté les forêts : il n’y a pas de moustique ici. Nous nous sommes arrêtés là pour une toute autre raison : c’est le point de départ d’une randonnée. Nos guides, aussi compétent et sympathiques soient-ils, ne ressentent aucune gêne à manger debout entre un camion et une usine alors que nous venons de rouler des heures dans un paysage époustouflant.

Sac à dos, bâtons, on est parti. Nous sommes plusieurs à être venus avec des bâtons de marche. Et l’agence a bien fait les choses car ils en ont aussi un certain nombre, tous neufs. L’effet de groupe encourage ceux qui ne connaissent pas les bienfaits de cet accessoire, à s’équiper aussi. Seul Pierre, le plus sportif de la bande, part les mains dans les poches. Mon angoisse est que les bâtons soient un obstacle à la prise de photos, que mes deux mains ne me suffisent plus. J’ai, pour palier à cette éventualité, opté pour un sac à dos permettant de les accrocher à l’extérieur.
Nous marchons plus d’une heure dans la neige, à flanc de volcan. La pente est assez raide, nous ne sommes pas très haut en altitude mais gare à celui qui laisse échapper un objet, il risque de glisser sans s’arrêter. Il y a de la végétation par endroit, des arbres bas, allongés, comme des arbustes. Une espèce particulière d’un feuillu dont j’ai oublié le nom. Soudain, plus de neige, mais de la terre nue sur une dizaine de mètres. Le sol est détrempé, les chaussures s’enfoncent, ça glisse, c’est très désagréable. Puis le sol se durcit alors que nous traversons un massif d’une plante sauvage très toxique, qu’il nous faut éviter absolument de toucher. Elle fait plus d’un mètre de hauteur et a un air de cannabis. Un chemin étroit nous permet d’atteindre la roche. Et là, nous comprenons le choix de cette destination : une multitude de fumerolles s’échappent de la terre, de l’eau jaillit à 90°, avec plus ou moins de force. 
En amont, la roche est jaune et les fumées finissent par se confondre avec les nuages blancs qui filent sur le ciel bleu. En aval, nous pouvons descendre jusqu’à un tout petit cours d’eau nourri par des sources chaudes mais aussi et surtout, d’une grande quantité de neige présente plus haut, sur le versant nous faisant face. Sur le chemin du retour, nous faisons un détour par une piscine naturelle, chaude et soufrée, en plein air. Une légère odeur d’œuf pourri accompagnera les quelques volontaires pour ce bain imprévu de quelques minutes. Un petit chemin conduit à une grosse maison, en amont : celle du directeur de l’usine. En repartant, la pente est raide et enneigée. Ça glisse. Nous découvrons une crotte d’ours, sèche, la bête est loin maintenant.

Nous remontons dans notre camion pour rejoindre le point de campement prévu, sur le grand plateau enneigé, aux pieds des volcans, traversé quelques heures plus tôt. Aucun arbre, aucune plante, dans une ambiance de désert, il nous ouvre ses bras. Mais le vent est si fort et les giboulées si fréquentes que le guide descend seul et décide, après de 10 minutes de tergiversation, de ne pas nous imposer ces conditions extrêmes. Le problème n’est pas de constater que le temps est mauvais mais de trouver une alternative. En route.
L’inquiétude et la tension ne va pas cesser de monter dans l’heure qui suivra car la pluie se remet à tomber, le sol est détrempé. Nous perdons un peu d’altitude, la végétation refait son apparition et nous craignons d’atteindre la zone où pullulent les moustiques. Nous roulons lentement, très lentement quand nous sommes sur la neige. Ensuite, au pas, après avoir quitté le chemin, le Kamaz tangue tel un bateau ivre, pour traverser les ornières ; nous ne sommes pas très rassurés, n’étant pas encore familiers avec son sens de l'équilibre. La nuit arrive, nous craignons d’avoir à installer le campement une fois le soleil dissimulé par un des multiples volcans formant la ligne d’horizon, quand les nuages cèdent, à contre cœur, le devant de la scène. Et ces heures de route qu’il va falloir refaire le lendemain pour atteindre le volcan dont nous devons faire l’ascension !
Le camion finit par s’arrêter. Le guide inspecte le terrain. La discussion a dû être tendue pendant tout ce temps, avec le chauffeur, dans sa cabine. Comme les gros véhicules de marchandises, la cabine du conducteur est disjointe du grand habitacle des passagers. Une radio, accrochée sur la cloison, permet la communication entre les deux parties. Mais là, aucune nouvelle. La porte finit par s’ouvrir, c’est bon, on s’installe ici ! Il ne pleut pas, le terrain n’est pas trop mouillé mais il n’est pas très plat. Des tentes toutes neuves sont déchargées. Vania nous déplie la première pour nous montrer la procédure et nous plantons, dans la foulée, nos cinq igloos. Pendant ce temps, l’équipe d’accompagnants installe la grande tente pour la cuisine et les repas.
La vue est belle même si les nuages sont très nombreux. Le plus grand des volcans nous dominant reste coiffé par les nuages. Le vent est fort et nous comprendrons le lendemain, en venant dîner au même endroit, que c’était une chance, car le lieu est, sinon, envahi par les комаров, les moustiques. La nuit est bien noire mais sans étoile ; nous dînons dans la tente verte. Nos cuisinières ont préparé une soupe à la viande délicieuse. Nous avions emporté une bouteille de vin rouge. Parfait. Un peu de saumon fumé. Nous en mangerons plusieurs fois par jour, c’est l’aliment de base ici, dirait-on ! L’une d’entre nous finira par saturer de ce - pourtant – délicieux poisson.

Nous passons une bonne nuit dans des sacs sarcophage tout neufs, prêtés par l’agence. Cacha au petit dèj, comme tous les matins. A l’hôtel, c’était accompagné de crêpes et d’œufs, ici avec des blinis frits. Nous replions les tentes et c’est reparti, direction le volcan. Ça saute, ça secoue, nous sommes habitués maintenant. Le ciel est encore gris et très bas ce lundi. Chacun prend ses bâtons, je mets mon pantalon de pluie, laisse la polaire dans le petit sac à dos que je recouvre de sa housse imperméable. Le guide nous propose trois options. Soit nous grimpons comme prévu en espérant une éclaircie plus haut, soit nous attendons que ça se dégage, soit on retourne à Pétropavlovsk et on trouve une activité de remplacement. Alors ?

A suivre

jeudi 17 août 2017

Kamtchatka, part 1

Jeudi 13 juillet 2017
Nous – un groupe d’une dizaine d’amis français vivant à Moscou, trois couples et deux adolescentes –  sommes dans l’avion pour Petropavlovsk-Kamtchatski. Il est vendredi là-bas, neuf fuseaux horaires plus à l’est.
Il nous à déjà fallu une heure et demie, avec les ralentissements dans la capitale en plein travaux, pour atteindre l’aéroport. Un instant de trop, immobilisés, nous avons craint de ne pouvoir arriver à temps. Le taxi a démarré après une pluie très violente mais nous décollons pourtant sous le soleil : c’est un signe de bonne augure !
A mon grand étonnement, la partie Est de la Sibérie est très montagneuse, sur des milliers de kilomètres. Une fois passée la plaine de Sibérie occidentale entre l’Oural et le fleuve Iénisseï, les plateaux et les monts s’octroient la plus grande part de la surface russe. Mais au-dessus du Kamtchatka, tout n’est plus que nuages : le temps ne doit pas être très clair en-dessous ! Anton m’avait recommandé le côté gauche de l’avion, j’ai veillé à ne pas être au dessus de l’aile et j’ai bien fait : un volcan majestueux sort sa tête de la masse nuageuse. Il s’agit du Koriakski, 3456 mètres. Et le vol est déjà terminé.